24 avr

« Je suis assistante sociale dans une AMO. Je m’inscris dans un cadre de prévention auprès d’un public « jeunesse ». Mon témoignage est nourri de la parole des jeunes et leur famille, de l’AMO ainsi que de mes doutes et questionnements de travailleuse du social. La situation toute particulière me suscite de nombreuses réflexions quant au sens de mon travail.

Le confinement renforce certaines violences dans les familles, mais aussi pèse sur le bien-être du jeune.  J’entends des jeunes s’inquiéter de la crise, s’inquiéter de ne plus pouvoir aller à l’école, voir leurs amis et cesser leurs activités.  J’entends des jeunes se soucier de leurs parents et leurs grands-parents.  J’entends des jeunes accablés par les informations, par le climat de tensions.

Comment gérer émotionnellement l’inédit, l’impalpable qui bouleverse le quotidien, bouscule les repères ?  Comment en tant que travailleur, trouver les mots pour rassurer, apaiser et favoriser l’expression ?  Comment créer des ponts entre réalités individuelles et mesures politiques appliquées ?  Comment expliquer et comprendre ?

Chacun est égal face au COVID19 ?  En tous cas, nous ne sommes pas égaux dans notre contexte de confinement.  Des jeunes vivent dans des endroits exigus, des jeunes sont seuls avec des parents où la communication n’est pas toujours facile, d’autres sont en centre d’hébergement. Certains ressentent la solitude ou le sur-plein de sollicitations sur la toile (intranet de l’école, réseaux sociaux,…).  Des parents se retrouvent à faire l’école à la maison dans des conditions de travail parfois très inconfortables (surcharge de travail et de devoirs, nombreuses impressions à faire et manque d’imprimante ou d’accès à internet, barrière de la langue pour aider son enfant aux devoirs, lieux de travail inadaptés,…) à cela ajouter le sentiment de culpabilité « de ne pas faire travailler assez ses enfants » ou « de ne pas pouvoir les aider au mieux » ou de « ne pas avoir assez de patience ou compétences pour ça ».  Je rencontre des parents et des jeunes inquiets de la suite.
« Comment va se passer le retour à l’école ?  Et les examens ?  Est-ce que j’en aurais fait assez ? »
Pour finir, j’aimerais dire que je suis très admirative de la dynamique d’inventivité qui s’est propagée dans les AMOs et ailleurs pour aller au contact du jeune, pour se montrer présent et maintenir le cap.  Cela incite à se réinventer dans le lien et la communication avec les jeunes. Utiliser leurs canaux, être présents, mais ailleurs ou autrement.  Cette énergie créative commune est porteuse, donne sens et corps à l’aide à la jeunesse.

J’ai grand espoir en une intelligence collective qui pensera le monde social de demain et donnera encore plus de moyens et de reconnaissance aux acteurs de changement. »

(témoignage d’Anaïs HORRENT, assistante sociale à DINAMO pour le JDJ – Journal du Droit des Jeunes)