16 jan

Du 18 au 21 décembre 2017, j’ai eu l’opportunité de partir en Roumanie avec Djibril, un collègue bruxellois de l’AMO Dynamo dans le cadre d’un programme d’échange international de travailleurs sociaux de rue sur le thème « Enfants et jeunes de rue et toxicomanie ».
Ma participation à cet échange subsidié par la Commission communautaire française (CoCoF) a été rendue possible grâce à la fédération « Traces de Rue » qui m’a proposé ce voyage mais surtout grâce à mes directions le CPAS de Hastière et l’AMO Dinamo qui ont marqué leurs accords.
Le but de ce séjour était d’échanger avec des travailleurs sociaux locaux autour de nos pratiques professionnelles, de nos outils, de nos conditions de travail.
Lors de ce séjour, nous avons été accueilli par Ionut, Directeur de la Fondation Parada (1) qui nous a retracé l’historique de la Fondation et des enfants des rues. Reportage en français « Fundatia PARADA ‘Le Clown de l’espoir’ Fr 3 & ‘Roumanie, la rue de clowns’ ARTE »
Ionut, nous a permis de rencontrer les enfants des rues, d’échanger avec eux, de découvrir leurs activités autour des arts du cirque et de la danse (hip hop), d’assister à la distribution des cadeaux de Noël mais aussi, dans un registre moins joyeux, de découvrir les lieux de vie de certains d’entre eux, lieux qu’ils appellent « le canal ». Il s’agit en fait des passages souterrains qui sillonnent le sous-sol de Bucarest où, les jeunes peuvent profiter d’un peu de chaleur puisqu’on y trouve un réseau de conduites d’eau chaude. Pour la plupart, ce mode de vie est plus supportable que l’orphelinat ou la vie dans une famille dite « maltraitante ».
Par la suite, nous avons été pris en charge par Vali, travailleur de rue pour ASIS (2), rencontré lors du Forum d’échange de la Fédération Traces de Rue à Bruxelles le 28 novembre dernier. Fort de ses 20 années d’expérience, Vali, nous a emmené à la rencontre d’une famille de Roms dans son lieu de vie, un bidonville en périphérie de Bucarest. Il nous a aussi présenté à de jeunes adultes qu’il suit depuis longtemps et pour lesquels il assure un accompagnement dans le but de régulariser leurs situations tant administratives, financières que médicales. Nous avons pu lors de ce partage, nous apercevoir que, en Roumanie aussi, la population, même fragilisée, précarisée, pouvait être solidaire et bienveillante. En effet, nous avons rencontré un bénéficiaire aujourd’hui âgé de 35 ans, suivi par Vali depuis ses 15 ans, qui jusqu’il y a peu vivait dans « le canal » mais a dû en partir suite à la rupture d’une canalisation. Les habitants des HLM environnants le connaissant depuis des années ont alors réalisé une collecte afin de lui venir en aide. Grâce à l’argent récolté, ce jeune homme vit aujourd’hui bien plus confortablement puisque la somme obtenue a permis d’acheter une caravane où il a pu s’établir à quelques pas de son ancien « chez lui ».
Nous avons aussi été confiés à une travailleuse sociale de l’association ARAS (3). Avec elle, nous avons pu découvrir l’envers du décor, toutes les contraintes politiques et économiques auxquelles sont soumises de telles organisations.
Outre la richesse des échanges professionnels, la confrontation avec cet environnement particulier m’a permis d’entrapercevoir que le système social belge nous laissait une certaine liberté d’action et nous offrait un certain confort malheureusement inaccessible en Roumanie.

Jess, travailleuse de rue et de proximité

photo parada

1. La Fondation Parada a été créée en 1996 par un clown, Miloud Oukili. De passage en Roumanie, il rencontre les enfants des rues de Bucarest. Il leur propose d’apprendre les arts du cirque pour s’ouvrir à de nouvelles perspectives de vie. Aujourd’hui, au-delà des arts du cirque qui emmènent les jeunes en tournée à travers l’Europe, la Fondation propose un accueil de jour où il est possible de prendre une douche, de s’alimenter, de suivre des cours de soutien scolaire, … mais aussi un service mobile nommé Caravana qui va à la rencontre de ceux qui ne souhaitent pas ou pas encore pousser les portes du service.

2. ASIS est une ONG roumaine à but non lucratif qui a été créée en 1994. Elle intervient sur l’intégration sociale des personnes dans le besoin, en situation de rue, sans distinction d’âge ni de sexe. La mission d’ASIS est de contribuer à la lutte contre la pauvreté en proposant aux bénéficiaires une aide sociale individualisée.

3. ARAS a été fondée en 1992, à Bucarest. Première organisation non-gouvernementale roumaine, elle s’est fixée comme objectifs la prévention du VIH/sida ainsi que le soutien matériel, psychologique et social des personnes affectées par la maladie et leurs proches. Active dans le domaine de la réduction des risques auprès des personnes appartenant aux groupes vulnérables (consommateurs de drogues par voie intraveineuse, sans-abris, Roms, détenus, travailleurs du sexe, …), elle offre une assistance psycho-sociale et organise si besoin l’hébergement des personnes affectés par le VIH/sida et leurs proches. Par ailleurs, elle mène un plaidoyer dans le domaine des droits de l’homme et de l’accès aux services médicaux et sociaux pour tous.